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PAM Meets Dollypran : rappeur et phare de Casa

PAM a rencontré le marocain Dollypran au coeur de Casablanca, à l’occasion du festival L’Boulevard. Le trappeur du quartier El Hank était l’une des têtes d’affiche de l’édition 2022, marquée par des débordements d’une violence inédite.

Une manière indescriptible de poser sur des instrumentales létales, armé d’un flow entêtant, couplée à un sourire menaçant arboré dans les visuels de ses titres aux millions de vues, voici Dollypran : un personnage difficile à cerner, entre ego-trip assumé et humilité sincère. Originaire d’El Hank, quartier oublié à la pointe nord de Casablanca, le jeune Mehdi Ghazoui savait qu’il serait rappeur. « L’un des plus grands festivals de Casablanca était organisé dans mon quartier. J’ai assisté aux concerts de 50 Cent, Busta Rhymes, Missy Elliot, Sean Paul … Ça m’a conforté dans ce que j’avais envie de faire et ce que j’aimais ». 

Et puisque c’était écrit, Dollypran est désormais l’une des têtes d’affiche du festival L’Boulevard, qui revèle chaque année ce que la scène marocaine fait de mieux. En septembre dernier, le rappeur a fait son retour pour une vingtième édition au line-up d’exception (MobyDick, ElGrandeToto, L’Morphine, … ). PAM en a profité pour vagabonder entre les tours couleurs sable d’El Hank en compagnie du rappeur et plonger au coeur de la foule endiablée du L’Boulevard, jusqu’à ce que ce le piège se referme sur lui-même.

« Kolchi ki tla3 / Nari kolchi TACH / 3rafti ach radir ma brinach Chèque flosna CA$H » (« Ça monte / Tout le monde est défoncé / Tu sais quoi ? On veut pas de chèque, on veut notre argent cash ! ») scande le public, compressé contre les barrières de sécurité qui précèdent la scène. Après avoir longtemps prêté sa plume à la nouvelle génération marocaine en tant que ghostwriter, Dollypran a fait de son écriture cash une vraie marque de fabrique. Sur scène, l’effet en est décuplé, et l’engouement de la foule se mesure aux paroles que tous scandent en choeur. Difficile d’imaginer comment, peu avant, la soirée avait viré au pire, entre déchaînements et agressions d’une brutalité déconcertante. 

Car ce 30 septembre à 20 heures, le stade du Racing Universitaire de Casablanca (qui peut contenir 20.000 personnes) doit fermer ses portes : les organisateurs sont pris de court par l’afflux inattendu de spectateurs (60.000 de plus!). La pression de ceux qui ont afflué pour voir cette soirée où joue aussi El Grande Toto devient intenable. Celui-ci doit même interrompre son concert, après bien des appels au calme.

Dans le stade, on est au bord du chaos. Des festivaliers sont la proie de spectateurs d’un autre acabit, galvanisés par l’effet de groupe et les drogues hallucinogènes. Ceux-là cassent, endommagent « le souk » et sa petite scène, mais surtout, ils agressent.  La soirée devient le théâtre d’attaques physiques, d’agressions sexuelles et de mouvements de foule dévastateurs. 

Peu avant 23H, un calme relatif est revenu et, les loges ayant été fermées, c’est dissimulé sous sa capuche que Dollypran parvient à se frayer un chemin jusqu’à la scène. Mais il craint aussi pour son père. Chez lui, il a expliqué à PAM la puissante relation qui les lie. C’est à lui que le rappeur veut faire honneur ce soir-là, en l’invitant sur scène. Le concert  a commencé, et le papa finit par rejoindre son fils sur scène pour interpréter « Rosita », un titre plus doux extrait de l’EP Mixdeep. Sur la cover du projet, Dollypran est assis sur les genoux de son père, qui porte, comme il le fait aussi sur scène ce soir-là, son maillot du Brésil. Moment d’émotion d’autant plus fort qu’il succède au désordre des heures qui ont précédé.

« On n’aurait pas pu prévoir ça, ni nous, ni vous, ni le festival. […] On a tous été touchés, mais j’ai surtout mal pour chaque personne à qui il est arrivé quelque chose», se désole Dollypran après le concert. Car c’est après son show qu’il comprendra vraiment l’ampleur des dommages. Et si le souvenir de cette soirée en demeurera sans doute terni, nul doute que le rappeur le plus populaire de Casa, en pleine ascension, en vivra d’autres sans nuages. 

On vous laisse découvrir ce nouvel épisode de PAM Meets, réalisé, filmé et monté par Rémi Benchebra. 

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